Aurore Foissac -Psychologue Clinicienne

Recherche Psychologie Clinique (Réinsertion sociale)

QUAND L'ATTACHEMENT EST INSÉCURE, LA QUESTION DE LA MOTIVATION

Master 2 Professionnel Psychologie Clinique Option Pathologie

Aurore Foissac

Directeur de Recherche : Philippe Compagnone

2009/2010

 

Résumé, Mots clés

Résumé

Cette étude se situe au sein d’un croisement entre différentes théories prépondérantes de la psychologie. Entre type d’attachement précoce, engagement dans un processus identitaire (Marcia, 1966 ; Luyckx, 2008) et processus motivationnels (Deci et Ryan, 2000) un lien éventuel est à explorer de manière plus approfondie. Positionnant notre champ d’action dans le domaine de l’exclusion sociale, le but principal appelant à la fois éthique et exploration, était la possibilité d’améliorer la réinsertion sociale de ces hommes en prenant en considération que leur amotivation observée était peut être à mettre en corrélation avec une insécurité latente et un choix identitaire incertain.

Mots Clés

Attachement précoce – Engagement identitaire – Système familial – Motivation – Réinsertion sociale – Précarité.

Precocious bonding – Self commitment – Family system – Motivation – Social réhabilitation – Precariousness. 

 

Introduction

Concernant cette étude, nous sommes partis d’un constat allant de pair avec une demande institutionnelle prégnante. Actuellement dans un Centre d’hébergement et de réinsertion sociale pour hommes, l’inquiétude de l’équipe tenait au fait que les activités, quelles qu’elles soient, n’étaient aucunement investies par les résidents. Une absence motivationnelle, relevant d’une non émergence du désir  semblaient être présente chez ces derniers.

Certaines questions primordiales se sont alors posées, pourquoi cette amotivation, comment la faire naître ? Quels sont les mécanismes sous-tendant cette absence ? Est-il possible d’adapter les prises en charge afin qu’elles puissent être investies et porter leurs fruits en terme de réinsertion sociale et professionnelle ?

Prenant en considération que notre population d’étude avait évolué dans un système familial en crise (Morin, 1976, Minuchin, 1979), nous nous sommes référés aux théories de l’attachement précoce (Ainsworth, 1978 ; Bowlby, 1998) et des processus de choix identitaire (Marcia, 1966 ; Luykx, 2008), en reprenant également les concepts psychanalytiques liés à l’émergence du désir par l’individuation (Klein, 1972 ; Lacan, 1999) et aux théories de la motivation (Deci et Ryan, 2000 ; Vallerand, 1987). Ces apports théoriques bien qu’apportant quelques éclairages sur nos questionnements, ont fait naître l’hypothèse d’une interrelation entre processus d’attachement, choix identitaire et naissance motivationnelle. C’est en nous positionnant au centre de ces théories que nous avons observé l’interrelation possible de ces processus dans le domaine de l’exclusion sociale.


Recherche Théorique

La construction identitaire, un phénomène individuel et groupal

Le système familial comme fondateur des bases identitaires

L’enfant, l’adolescent, l’homme sont des êtres avant tout destinés à se développer dans un environnement social, au sein de différents systèmes. Chaque individu va développer une structure identitaire qui lui est propre en interrelation avec chacun des membres de son groupe familial, environnemental, d’appartenance.

Le mythe familial (Rougeul, 2003) ou mythe fondateur, a ainsi pour but premier de retracer les origines du système et d’attribuer à chacun une identité aussi bien individuelle que groupale. Il est l’histoire de la famille, il narre le fonctionnement familial, ses rites ancestraux ou plus récents. Il est porteur de la tradition du système. Il permet à chaque membre de la famille de se figurer et de se construire une identité en accord avec ce qu’est le groupe. C’est cette identité groupale qui va assurer la cohésion familiale. Il définit une appartenance systémique et est responsable d’un certain nombre de croyances, auxquelles la famille tient pour le maintien de ses fondements.

Le groupe peut donc devenir lieu d’illusions, servant au maintient d’un idéal du moi et d’une structure identitaire stable (Kaës, 1999). « L’illusion contribue à établir la certitude d’être partie constituante d’un ensemble d’un même objet commun, le Nous qui a besoin de Soi. » (Gonzales, 1991, cité dans Kaës, 1999, p. 50). Au sein d’une famille, chaque membre du groupe familial a cette croyance de faire partie d’un Nous commun, et celle que ce Nous serait différent sans le Soi. Un système n’est pas réductible à la somme de ses éléments, il s’agit de prendre en considération la permanente interaction entre eux (Houzel, 2003).

Le système familial a ainsi fonction d’enveloppe psychique groupale (Anzieu, 1984), permettant à chaque membre de s’y référer comme un tout identitaire dont il fait partie et peut se différencier à loisir. Chaque membre peut être acteur du système et modifier le cadre référentiel préétabli, dans les limites permises par sa rigidité de base (Segers-Laurent, 1997). Il devient le soutien de la psyché non seulement familiale mais également individuelle. Il s’agit alors pour chacun des membres de continuer cette sauvegarde du système familial tout en s’assurant un développement individuel propre.

C’est le pourquoi des scripts transitionnels (Byng Hall, 1995). Le sujet peut à loisir expérimenter son individualité propre tout en respectant les limites familiales préétablies de manière implicite ou non. Chacun serait alors dans un mouvement de perpétuel aller-retour entre l’individuation et la réintégration groupale. Si l’expérience d’individuation peut apporter des éléments bénéfiques au maintien de l’homéostasie familiale, elle se verra répétée dans le temps, puis incorporée au système familial, passant ainsi d’une expérimentation individuelle à un pattern groupal. C’est la création de ces nouveaux patterns ou rites (Courtois, 2003), renforcée par le mythe familial, qui va permettre le maintien d’une structure familiale stable, sécure, et celui de liens entre les différents membres de ce système.

Minuchin (1979) propose une typologie familiale basée sur les interactions entre personnes appartenant à des sous-systèmes différents. Comme nous l’avons signifié précédemment, il s’agit dans les communications verbales et/ou  comportementales, dans les décisions et les rôles, de ne pas franchir les frontières sous-systémiques, de ne pas empiéter sur le pouvoir décisionnel d’un autre. La structure familiale peut se déséquilibrer et donner lieu à différents types de frontières. Les frontières désengagées retranscrivent un manque total de solidarité familiale, les relations sont uniquement basées sur l’évitement émotionnel et l’ignorance mutuelle. A contrario, les familles présentant des frontières dites enchevêtrées, sont caractérisées par une implication excessive entre les membres de la famille, il y a une grande confusion des rôles, le non-respect des besoins, de l’espace, du processus d’individuation de chacun. Il y aura alors une certaine contagion émotionnelle entre les membres du sous-système, une probable indifférenciation des selfs (Bowen, 1984) ne permettant plus un développement identitaire personnel.

Delage (2007), est l’un des premiers auteurs à mettre en parallèle cette idée de frontière avec les théories de l’attachement. Ainsi, des frontières sous-systémiques saines correspondraient à un type d’attachement sécure, et, à l’inverse, des frontières désengagées ou enchevêtrées, à un attachement insécure. Le parallèle entre ces deux théories est intéressant à faire dans le sens où il s’agit bien d’interactions inter sous-systémiques, mais également d’interactions entre personnes, présentant des types d’attachement différenciés, contraintes d’échanger les unes avec les autres et de s’adapter constamment. C’est là que nous pouvons réellement concevoir toute l’importance des patterns transactionnels et mythes familiaux, ces règles implicites qui permettent à un système, dont les éléments sont totalement différents les uns des autres, de fonctionner ensemble en un tout homéostasique.

L’Adolescence : le choix des valeurs identitaires

L’individuation permise par le système à chacun de ses membres, sous réserve qu’il soit assez flexible, va permettre aux adultes en construction, aux adolescents, d’expérimenter à loisir ce qui relève de leur identité personnelle ou de leur identité groupale. Basé sur les notions d’exploration et d’engagement, le modèle de structure identitaire tel que développé par Marcia (1966), nous a permis d’explorer cette étape développementale décisive.

Steinberg (1989) a démontré que c’est au début de la phase pubertaire que les liens familiaux entourant l’adolescent se relâchent, il y a un certain désengagement de la part des parents qui contraint l’enfant à devenir plus autonome, indépendant et à se positionner vis à vis des anciennes valeurs familiales, des mythes qu’il avait intégrés et fait siens jusqu’alors. Mais lorsque le désengagement parental est plus précoce, et que le psychisme de l’enfant n’est pas prêt à élaborer ce changement qu’en est-il de la construction identitaire telle que définie par Marcia (1966) ?

Elaboré à partir des travaux d’Erikson (1968) sur la formation identitaire, Marcia (1966) a conceptualisé deux dimensions primordiales dans le choix de la structure identitaire personnelle : le questionnement (ou exploration) et l’engagement. Le questionnement est une période de crise et de doutes pour l’adolescent qui va remettre en cause les valeurs familiales. Il va alors tenter de se positionner face à ce système de pensées qui, de prime abord, n’est pas le sien et s’engager dans un des quatre processus identitaires dénombrés.

Deux dimensions sont ainsi tournées plus spécifiquement vers un processus d’engagement tel que la réalisation identitaire (un processus dans lequel l’adolescent a traversé une crise, a adopté des valeurs propres pour atteindre ses objectifs idéaux) et la forclusion identitaire (adoption des valeurs parentales, pas de périodes d’exploration et présence de stéréotypes dans la pensée). Deux autres dimensions concernent davantage une phase d’exploration de l’adolescent, de questionnement, il s’agit de l’identité moratoire (questionnement intense sur ses valeurs, ses choix sans prendre pour autant de réel engagement identitaire) et de l’identité diffuse (faible exploration, l’adolescent n’a pas pris d’engagement, n’a pas traversé de crise, dans ce cas il s’agit soit d’une non maturation, soit d’un échec dans la création propre identitaire).

Par la suite Luyckx et Al. (2008) ont intégré une autre dimension: l’exploration ruminative ou inquiète. L’adolescent est alors pris dans un engrenage d’exploration continuelle, sans parvenir à prendre un engagement net, de par une inquiétude ancrée de son environnement. Si la prise d’engagement face à un processus identificatoire est insuffisante comme c’est le cas pour les dimensions moratoire et diffuse, le statut identitaire est jugé comme non stable et peut évoluer (Luyckx, 2006). Par la suite Luyckx (2007) remodélisera ce modèle et dégagera cinq dimensions identitaires tournées en terme d’exploration de l’environnement et de type d’engagement. Il dénombre ainsi deux types d’engagement, respectivement l’identification aux engagements et l’engagement ainsi que trois types d’exploration de l’environnement, soit l’exploration large, qui est corrélée avec les dimensions de réalisation identitaire, d’identité moratoire telles que présentées par Marcia(1966) et d’identité ruminative ou inquiète (Luyckx, 2008) ; l’exploration en profondeur qui est associée avec de hauts scores de réalisation identitaire et des scores modérés concernant l’identité en moratoire et l’identité inquiète.  Et enfin l’exploration inquiète qui est associée à des scores élevés dans les identités ruminative ou inquiète, et diffuse (Marcia, 1966). Ainsi, L’exploration large est définie comme une exploration des différents types identiaire possible, alors que l’exploration profonde renvoie davantage à une collecte d’informations venant affirmer l’engagement identitaire déjà effectué.

Que ce soit au niveau de la prise d’engagement ou de l’évolution vers une structure identitaire stable, il a été démontré l’importance des contextes sociaux environnants dans les directions que pouvaient choisir l’adolescent (Adam, Marshall, 1996). Empiriquement, une expérience menée par Luyckx (2007) met en exergue qu’un interdit parental trop massif peut éventuellement empêcher l’enfant d’explorer correctement son environnement et annihiler une prise de position identitaire personnelle, car ce dernier sera inquiet des conséquences de cette exploration. Il faut donc une certaine liberté sécure à l’adolescent en développement afin qu’il puisse explorer son environnement et se saisir d’une identité qui lui sera propre et correspondra à ses objectifs idéaux.

Selon une étude menée par Arnett (2004), il est important, dans cette période d’incertitude qu’est la construction identitaire propre, que l’adolescent puisse obtenir des indications de par son contexte familial principalement, pour se guider et affirmer ses choix. L’influence de la famille est un des facteurs les plus important dans cette période de la vie des adultes en émergence. Même à l’âge adulte (Brook, 2000) le fait de pouvoir se référer à la sécurité parentale reste un élément très important, comblant le besoin inhérent de sécurité. Mais lorsque l’attachement est insécure, l’environnement précaire, vers qui ces jeunes adultes peuvent-ils se tourner pour combler ce sentiment d’insécurité allant de pair avec leur style de vie ? Ces études, bien qu’éclairantes, ne nous permettent pas d’explorer l’éventuelle relation avec les attachements précoces. Sont-ils corrélés avec un choix identitaire spécifique ? Quelles implications ce choix peut-il avoir par la suite en terme de prise de décision, de définition des objectifs personnels, idéaux, des réelles motivations ?

Si nous nous référons à la théorie de Maslow (1968) concernant la satisfaction des besoins essentiels, la réalisation de désirs de loisirs ne vient-elle pas après des besoins vitaux, comme l’est le besoin de sécurité ? Si les attachements précoces ont été suffisamment étayants pour le jeune, cela peut-il suffire pour dépasser ce sentiment d’insécurité et aller vers un accomplissement personnel, moins centré sur les besoins ?

L’attachement précoce : le premier pas vers une autonomisation

La notion d’attachement précoce a été explorée par Bowlby (1978), il s’agit pour lui d’un besoin inné de l’enfant vis-à-vis du contact social. Il sera ainsi lié à une figure d’attachement principale, généralement la mère, ce qui a pour fonction première de sécuriser l’enfant. Pour Delage (2007) le processus d’attachement résulte de l’imbrication de  « deux systèmes motivationnels, l’un visant chez le petit enfant la proximité physique de la figure d’attachement, l’autre visant l’exploration de l’environnement » (p. 395). En cas de séparation d’avec cette figure d’attachement primaire, Bowlby (1969) remarquera l’apparition chez ces enfants d’un état de détresse mentale et de prostration. Reprenant ces travaux Ainsworth (1978) mit en place une situation expérimentale, nommée situation de l’étrange dans laquelle elle observait les réactions de très jeunes enfants que l’on séparait quelques instants de leurs mères. Elle en retira plusieurs profils d’enfants correspondants à autant de type d’attachement précoce. L’attachement sécure, insécure-évitant - les enfants tentent de se suffire à eux-mêmes, ils donnent une impression d’indépendance et n’utilise pas le parent comme figure sécuritaire - et insécure-hésitant - les enfants sont dans une relation de dépendance avec la figure sécuritaire puis de rejet total. Par la suite Main et Kaplan (1985) ajoutèrent un quatrième type d’attachement dit insécure-désorganisé ou désorienté. Dans ce cas l’enfant semble éprouver de l’appréhension vis à vis de son parent, il est craintif. Ces auteurs décrivirent également quatre type de représentations chez l’adultes correspondant aux types d’attachement précédemment énoncés, soit détaché (attachement insécure), autonome (attachement sécure), préoccupé (attachement ambivalent) et désorganisé (attachement craintif).

L’enfant va très vite intégrer la nature des liens de proximité et d’exploration, et va faire sien un certain type d’attachement à la figure maternelle (Delage, 2007). Cette intériorisation va se structurer en une matrice nommée MIO ou modèles internes opérants, qui sera une représentation de soi vis-à-vis de l’autre. Un attachement dit sécure fournira à l’individu en construction une certaine flexibilité d’esprit (Talbot, 2003), il sera alors capable de comprendre que les liens d’attachement qu’il entretient avec sa mère ne sont pas les mêmes que ceux que sa mère entretient avec les autres membres du système familial. A contrario si l’attachement est dit insécure, l’enfant va avoir une certaine rigidité, attitude défensive à l’égard de son environnement et spécifiquement vis-à-vis de la figure d’attachement. Ces modèles internes opérants de nature rigides seront très difficiles à faire évoluer dans le temps et ce même à l’âge adulte.

            Pour Winnicott (2006) une mère suffisamment bonne est primordiale pour que le  processus de séparation / individuation se fasse dans des conditions structurantes pour l’enfant. La construction identitaire, l’élaboration du moi ne pourront s’effectuer que par des réponses maternelles adaptées. Ainsi la présentation de l’objet nourricier (Winnicott, 1990) au bon moment, donnera une illusion de contrôle au bébé, un sentiment d’omnipotence. C’est ce mécanisme qui à l’âge adulte lui permettra de pouvoir gérer des émotions vis-à-vis d’autrui sans qu’il y ait apparition d’une angoisse déstructurante. Le holding, quant à lui, permettra l’élaboration de repères spatiaux-temporaux, la mère créant une certaine routine dans les soins apportés à l’enfant. C’est de par cette mise en place de mécanismes structurants, que l’enfant va pouvoir prendre une place individuée au sein du système familial et que l’intégration d’un mécanisme d’attachement va pouvoir se structurer sur le long terme. Pour Winnicott (2004), l’enfant qui ne parvient pas à trouver non seulement une mère suffisamment bonne, mais également un système familial suffisamment cadrant dans l’autorisation et l’interdiction, aura tendance à aller chercher un cadre de loi en dehors du système familial. L’adulte qu’il devient cherchera en testant le cadre la bonne mère, celle qui autorise et qui empêche, ce qui pourra engendrer des problèmes concernant l’insertion sociale.

Beaucoup d’études se sont penchées sur ce caractère stable des modèles internes opérants de l’attachement précoce, dans une tentative d’expliquer les raisons du choix d’un partenaire amoureux, ou d’un cercle d’amis à l’adolescence (Berlin, 1999 ; Grossmann, 2005). D’autres au contraire stipulent que ces modèles peuvent s’enrichir au fil des expériences et des années et remettent en cause cette caractéristique stable de l’attachement dans le temps et les nouvelles relations (Delage, 2008).

Miljkovitch (2004, 2007) reprend quelque peu la notion de flexibilité des représentations énoncée précédemment par Talbot (2003) ;  pour elle les modèles internes opérants peuvent être mis à jour mais demeurent très difficiles à faire évoluer. La question que nous pouvons alors nous poser est la suivante : qu’en est-il de l’émergence de la motivation telle qu’attachée à la naissance du désir propre lorsque l’attachement a été insécure ? Les modèles internes opérants, même s’ils demeurent difficiles à remodeler, peuvent-ils évoluer pour permettre une construction plus stable du sujet ?

Identité et choix propre. Le concept de motivation

L’émergence du désir, apport de la psychanalyse

Pour les théories psychanalytiques, l’émergence du désir s’effectuerait au moment de l’élaboration des relations précoces entre le nourrisson et sa figure maternelle, plus exactement dans le processus de construction du psychisme en interaction avec son environnement, en communication avec l’autre. Ainsi, pour Klein (1968, 1972), le désir naîtrait du sadisme de l’incorporation de l’objet partiel « sein maternel » par le nourrisson. L’autre n’existe pas encore, et n’est pas considéré comme objet total différencié. Ce ne serait que par la frustration, la sensation de faim et l’attente occasionnée par la mère avant de le nourrir, que l’enfant va progressivement prendre conscience que l’autre n’est pas lui. Va naître alors l’objet total « mère » en parallèle avec l’objet partiel préexistant  « sein ». Ce dernier se déclinera en bon objet qui donne la satisfaction versus mauvais objet qui fait disparaitre la satisfaction. C’est ce mouvement de séparation, de désir de l’autre qui sera constituant de l’identité propre de l’enfant. Lacan (1999) reprendra cette notion d’émergence du désir dans l’autre en évoquant le stade du miroir comme constituant de l’identité propre. Plus exactement, il s’agit de l’image spéculaire que renvoie l’autre à l’enfant en tant qu’individu différencié de l’environnement et donc sujet désirant. L’enfant n’existerait alors que dans les yeux d’un autre, il lui est aliéné. Pour Lacan (cité dans Nasio, 1994) le désir individuel naîtrait de cette aliénation à l’autre, dans ce que l’autre lui montre ce qui peut être désirable, le désir naît donc de l’envie d’obtenir ce qui paraît excitant pour l’autre.

L’émergence du désir serait donc grandement tributaire des relations précoces à l’autre, constitutives de l’identité propre du sujet en tant qu’individu différencié et non plus indifférencié moïquement (Bowen, 1984) de la figure maternelle. Nous faisons ici un parallèle entre approche systémique et théories de l’attachement précoce. Ainsi pour Bowen, (1984) tant que le sujet, dans notre cas l’enfant, n’aura pas une place intrasystémique saine (Minuchin, 1979) qui lui est propre et qu’il demeurera dans un enchevêtrement avec un autre membre de la famille, dans notre cas la mère, ses désirs, base, nous l’avons vu, de la construction identitaire, seront confondus avec ceux de la figure maternelle. C’est par conséquent au prix de la séparation d’avec cet autre, de l’individuation, que l’enfant pourra voir émerger son désir personnel.

La naissance d’un désir est quelque chose de fondamental pour le bien être psychologique de l’individu (CrawfordSolberg, 2002), il devient garant d’un but, d’objectifs idéaux précurseurs d’une satisfaction de vie plus importante. Le désir est un moteur psychique, le point de départ de tout comportement humain, l’expression d’une énergie pulsionnelle, qui, pour Freud, (1946, cité dans Mills, 2004) est la plupart du temps inconsciente. Le désir devient le moteur motivationnel dont certains individus vont pouvoir se saisir afin de donner un sens à leur existence. Pour Freud (1946, cité dans Mills, 2004) ce sont ces instincts premiers de l’homme qui l’amènent à développer une motivation vis à vis d’activités diverses.

Sans désir propre qu’en est-il alors de la motivation inhérente aux activités de la vie quotidienne ? Comment appréhender le monde, avoir l’envie de l’explorer, d’y vivre pleinement sans moteur ?


Le concept de motivation.

La motivation, de manière globale, se décline en plusieurs sous catégories toutes situées sur un même continuum de ce que Deci et Ryan (1985) nomment l’autodétermination. Plus le niveau d’autodétermination dans la motivation est élevé, plus les comportements vont se révéler être adaptatifs en fonction des situations et des relations que les individus peuvent entretenir (Blais et Al., 1990). Parallèlement à ce continuum, il existe également un troisième construit (Deci et Ryan, 1985) l’amotivation dans lequel les individus ne parviennent pas à faire un lien de cause à effet entre le comportement adopté et sa conséquence. Il y a donc une absence de motivation faisant suite à cette perception.

Sur ce continuum, au niveau le plus faible d’autodétermination, Deci et Ryan (1985) placent l’ensemble des motivations extrinsèques. Elles sont définies comme le fait d’effectuer une activité, d’adopter un comportement pour des raisons instrumentales. Il s’agit de faire quelque chose pour en retirer une récompense ou pour éviter une conséquence désagréable faisant suite à la non réalisation de l’activité. Elles sont au nombre de quatre, citées ci-dessous du niveau le plus bas d’autodétermination au niveau le plus élevé.La régulation externe tout d’abord, permet une canalisation des comportements de l’individu ; la régulation introjectée où l’individu va intérioriser des sources de contrôle des comportements (comme le sentiment de culpabilité par exemple) ; l’identification à la condition instrumentale choisie pour réaliser l’activité et enfin l’intégration totale. A ce niveau-ci les variables externes à l’activité sont en adéquation totale avec les schèmes de pensées internes.

Toujours sur ce continuum vient ensuite la motivation intrinsèque. Il s’agit du fait d’effectuer une activité par pur plaisir et satisfaction personnelle. Elle serait issue (Deci 1975, Deci et Ryan, 1985) des besoins de compétences et d’auto-détermination. Plus tard Vallerand et Blais (1987) ont déterminé trois types de motivation intrinsèque distinctes, telles que la motivation à la connaissance (exploration et curiosité vis à vis de l’environnement), à l’accomplissement (maîtrise de la tâche, sentiment d’être compétent) et aux sensations (ressentir des excitations, plaisir sensoriel).

Par la suite Deci et Ryan ont remodélisé leur model (2008) déterminant deux motivations : autonome (niveau le plus élevé d’autodétermination) versus contrôlée (plus bas niveau d’autodétermination). La motivation autonome permet à l’individu d’avoir pleinement conscience d’un libre choix, elle regroupe l’ensemble de motivations dites intrinsèques, les deux motivations extrinsèques les plus hautes sur le continuum d’autodétermination. A contrario, la motivation contrôlée est tributaire des facteurs contraignants de l’environnement et regroupe les deux types de motivation extrinsèque les moins bien intégrés à l’individu.

Le degré de motivation peut varier en fonction de plusieurs facteurs (Deci, 2006). Une augmentation des motivations autonomes va être corrélée à une augmentation des sentiments de compétence et inversement. Les environnements sociaux à même de soutenir les trois besoins fondamentaux d’un des membres du système, à savoir le sentiment de compétence, d’appartenance et l’autonomie, lui offriraient une plus grande exploration de son dynamisme interne et lui permettraient ainsi d’accéder aux niveaux les plus intégrés de la motivation (Ryan, 2000).

La motivation autonome et son augmentation ou sa diminution sont régulées par différents facteurs selon de nombreuses études (Amabile, 1976. Ryan, 2000) qui ont démontré que des facteurs incluant des menaces de punition, de surveillance, d’échéances ou de punition étaient corrélées avec la diminution d’un tel type de motivation. A contrario la possibilité de faire un choix personnel vis à vis d’une activité était à mettre en relation avec son élévation. De même les systèmes interpersonnels dans lesquels évolue la personne sont primordiaux (Deci, 2006). Un climat propice à l’encouragement et l’ouverture renforce des choix de motivation intrinsèque. L’interaction réciproque permanente avec les proches, principalement les parents (Joussemet et al., 2008), dans le système familial est le meilleur moyen de répondre aux besoins psychologiques fondamentaux de compétence, autonomie et appartenance (La Guardia et al., 2008).

L’orientation motivationnelle adoptée par l’individu concernant une activité peut changer en fonction du contexte social (Amabile et al. 1976) rencontré et du support que celui-ci peut apporter. C’est cette interaction positive ou négative qui va être la source d’engagement durable dans un processus motivationnel plus autodéterminé. Cependant Amabile (1990) laisse entendre qu’il existe tout de même des différences intra individuelles indépendantes de l’interaction avec le contexte social environnant.

Notre recherche : le cas de jeunes en précarité sociale

C’est en nous plaçant au carrefour de ces théories que nous avons démarré cette étude. Bon nombre de jeunes en précarité sociale, que nous recevons actuellement en Centre d’hébergement, semblent avoir vécu une crise familiale telle que définie par Minuchin (1979) et Morin (1976) à savoir un désengagement massif de leur part vis-à-vis du système familial qui n’était alors plus en mesure de réguler l’homéostasie en raison d’événements de vie par trop marquants.

Si nous reprenons les théories de Byng Hall et Delage (respectivement 1995, 2007), les familles dites chaotiques (Minuchin, 1979) pourraient s’apparenter à des familles insécures du point de vue des relations qu’entretiennent chacun des membres entre eux. Partant de ce postulat, l’apparition d’une crise familiale provoquant le départ d’un de ses membres peut traduire non seulement un fonctionnement systémique insécure global, mais également la présence de relations d’attachement primaires non satisfaisantes entre la figure maternelle et la personne désengagée, soit la personne en précarité sociale dans notre cas. La construction identitaire personnelle même, tributaire de repères, de valeurs stables, est également attachée à l’expérience d’un environnement sécurisant permettant une exploration approfondie et le choix de valeurs personnelles.

Comme nous l’avons vu dans la première partie de notre exposé, l’émergence du désir, comme moteur motivationnel ne peut apparaître qu’en réponse à l’autre, couplé au processus d’individuation, de séparation à cet autre. Mais si la dite relation se révèle être insécure, non satisfaisante du point de vue de l’élaboration psychique, le désir peut-il réellement émerger ? Si le choix des valeurs identitaires n’a pu être défini, quels désirs, quel type de motivation peuvent apparaître ? Si les investissements objectaux tels que définis par Klein (1972) sont principalement vécus comme mauvais objets, les rapports à l’autre entretenus par la suite ne vont-ils pas avoir tendance à être définis de la même manière, et ce, automatiquement ? Quel désir demeure possible vis-à-vis de la réception de la demande de l’autre, si cet autre est vécu de manière persécutrice, non sécurisante ? Quel investissement, exploration du monde du travail, peut être possible si l’attachement précoce insécure est rejoué au niveau relationnel avec le personnel référent du centre ?

De même, comme nous l’avons exposé précédemment, les niveaux les plus autodéterminés de motivation sont acquis en présence d’interactions répétées et jugées comme satisfaisantes à l’égard de l’environnement et avec l’appui des relations interpersonnelles. Mais quels sont les liens envisageables en fonction des différents types d’attachement ?

Il ne faut pas omettre que le but principal de la structure dans laquelle nous réalisons cette étude est la réinsertion dans la vie sociale par l’emploi. Plusieurs conséquences apparaissent alors. Si les attachements sont par trop insécures, il serait envisageable de pouvoir apporter des pistes de travail aux éducateurs référents des résidents du Centre en terme d’encadrement plus prononcé, d’accompagnement sécure dans l’exploration d’un environnement jugé jusqu’alors comme hostile. La motivation, loin de se limiter aux seules activités de loisirs ou de la vie quotidienne, prend, dans notre étude, une place toute particulière, puisque de par nos observations premières les résidents ne sont pas même motivés pour rechercher un emploi, avoir un logement, s’engager dans une relation affective ou se créer un réseau amical. S’il existe une réelle corrélation entre type d’attachement, structure identitaire et score aux échelles de motivations, nous serons plus à même de comprendre les processus sous-tendant cet état de choses et d’agir en conséquence.

C’est à toutes ces interrogations et observations que notre hypothèse, énoncée ci-après, va tenter d’apporter des éclaircissements : Il existerait un lien entre type d’attachement précoce, engament dans un processus identitaire et inscription dans un type motivationnel.

Recherche Clinique

Présentation du lieu de Stage

Notre stage s’est déroulé dans un Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS). Ce foyer, financé par l’état accueille de jeunes hommes en difficulté sociale, âgés de 18 à 30 ans, adressés par le biais du 115.

Il possède 24 places de manière interne, 13 chambres dites d’urgence et 11 chambres d’insertion. Ainsi que 11 appartements à l’extérieur des murs du Centre. L’équipe se compose d’éducateurs, d’animateurs et d’un psychologue clinicien à mi-temps. Par cette prise en charge pluridisciplinaire, le but du CHRS est avant tout d’accueillir, souvent dans l’urgence, les personnes qui n’ont plus accès à un hébergement et leur proposer un accompagnement social pour les aider à s’orienter, à se réinsérer dans une activité professionnelle et à acquérir une autonomie tant sur le plan matériel que sur le plan psychique.

Le CHRS devient un substitut du domicile personnel, les résidents doivent participer aux tâches d’entretien quotidiennes, payer un loyer, fonction de leurs revenus, pour les chambres occupées, et remplir les critères fixés avec eux sur le contrat de séjour lors de leur entrée au Foyer. Chaque résident se voit attribuer un éducateur référent qui va suivre son parcours social et d’orientation professionnelle. Il peut également bénéficier d’un soutien avec la psychologue présente au Foyer. Le premier rendez-vous demeure obligatoire et par la suite le jeune décide de continuer ou non les entretiens en fonction de ses besoins.

Des activités de loisirs sont également régulièrement proposées, en collaboration ou non avec d’autres associations à caractère social.

place de stagiaire au sein de l’institution

Lors de notre stage au centre d’hébergement et de réinsertion sociale, outre les questionnements et leurs analyses liés à l’intégration d’une nouvelle institution, l’opportunité nous a été donnée d’explorer toutes les facettes du travail de psychologue clinicien qu’implique un Foyer social. Nous avons ainsi effectué des suivis psychologiques et des bilans avec certains résidents et mit en place un groupe à visée thérapeutique.

place de stagiaire, analyse des fantasmatiques

De l’observation à la prise de position professionnelle

Entrer au sein d’une nouvelle structure c’est avant tout pouvoir s’en décentrer, s’arrêter sur son historique, point de départ de son fonctionnement administratif et humain. L’observation reste donc la première position que nous avons prise, essayant de comprendre, d’analyser quelle place avait le psychologue, et par conséquent quelle place était attribuée au stagiaire psychologue.

L’institution, d’origine catholique, a pris le nom d’un prophète de la bible, qui après avoir causé le naufrage d’un navire, est englouti par une baleine, et se repent de ses fautes. Cette ligne judéo-chrétienne se retrouve dans nombre des actions proposées aux résidents du Centre. Le repentir par le travail, retrouver une autonomie par le mérite et la réinsertion. Bien que prônant le détachement de cette idéologie, l’évolution des résidents est proposée de manière très linéaire,  il n’y a que peu de place concernant le cas par cas, les jeunes arrivent en chambre d’urgence, dès que leurs moyens le leur permettent davantage ils passent en chambre d’insertion, et par la suite en appartement individuel, sous location du Centre.

La place du psychologue, faire d’une approche linéaire un regard porté sur les différences et besoins interindividuels

La réinsertion par le travail oui mais est-ce possible à n’importe quel prix ? Certains résidents accueillis demeurent effrayés par un style de vie jugé par trop normaliste après les séjours dans la rue. Les problèmes d’addiction restent nombreux, la relation à l’autre, fragile, quand elle n’est pas chaotique. La réinsertion passe avant tout par une prise en considération des problématiques et des mécanismes de défense mis en place par la personne. En ce sens aucun jeune ne possède le même parcours. Le but du psychologue dans cette institution prend deux directions, il s’agit bien évidemment d’offrir à chaque résident qui le souhaite une possibilité de travailler sur son histoire et d’accéder à une autonomie avant tout psychique. Parallèlement le but est de pouvoir réaliser des retours permanents à l’équipe pluridisciplinaire sur l’avancée du résident, afin de choisir le moment adéquat qui lui permettra d’obtenir une plus grande indépendance et de réussir à se construire une vie autonome qui lui ressemble.


Le travail du Psychologue Clinicien

Ce stage s’est montré très enrichissant car il nous a permis d’explorer et d’exploiter les différentes facettes du métier de psychologue clinicien.

Les suivis hebdomadaires, soutien psychologique

Lors de son arrivée au centre chaque jeune se voit proposer un rendez-vous avec le psychologue : ce rendez-vous est obligatoire. Par la suite il pourra décider de continuer ces rencontres ou non. En tant que stagiaire nous avons été amenés à effectuer certains de ces suivis. Généralement hebdomadaires, ils permettaient aux résidents de travailler sur leurs problématiques, tout en préservant un « lieu support » où tout peut être dit sans crainte de jugement, et où les angoisses peuvent être déposées.

Dans un milieu où le psychologue est généralement perçu comme s’occupant « des fous », le travail premier est avant tout de déconstruire ces fantasmatiques, de rassurer. L’alliance thérapeutique est par conséquent assez difficile à obtenir, les résidents ayant mis en place de nombreux mécanismes de défenses, des résistances, afin de pouvoir supporter les difficultés de leur vie passée et actuelle. Prendre son temps, s’adapter à l’autre, à son rythme propre, demeurent les éléments les plus importants afin d’être dans une véritable écoute de l’autre et de pouvoir lui apporter le soutien dont il a besoin.

Quand l’entretien ne suffit plus, l’apport du bilan psychologique

Considérer le sujet dans ce qu’il a d’unique, dans sa globalité, nécessite une nécessaire décentration, un questionnement perpétuel et une flexibilité d’esprit. Il faut savoir prendre en considération nos questionnements et savoir quand l’entretien seul ne permet plus d’avancer, ou d’explorer plus avant ; prendre la décision d’un changement, d’un ajout de technique qui nous permettront à nous en tant que professionnel et à la personne en face de nous, de pouvoir aller plus avant dans l’exploration de ses problématiques.

En tant que stagiaire nous avons eu l’opportunité de pratiquer plusieurs bilans psychologiques comme continuité à l’entretien. Les passations de tests projectifs (Rorschach, TAT) ainsi que d’échelles présentées sous forme d’entretiens semi directifs, nous ont permis d’avoir un autre éclairage sur la problématique du patient. Mais c’est le travail de restitution qui à notre sens prend toute son ampleur pour le patient. Nous avons intégré la restitution comme travail thérapeutique à part entière, prenant comme postulat de base que ce retour n’était pas figé, qu’il demeurait une base d’exploration, susceptible d’être controversé par le patient et son ressenti.

Il nous a été également permis d’effectuer un bilan psychologique avec une personne que nous n’avions jusqu’alors jamais rencontré en suivi, afin d’établir une recommandation pour un ESAT. Bien que la technique concernant la passation et la restitution demeurent sensiblement similaire, c’est la démarche qui se révèle être différente. Le but n’est alors pas de débloquer une situation thérapeutique, d’explorer d’autres dimensions ou problématiques de la personne, mais d’effectuer une illustration du patient à un moment donné de sa vie, tout en gardant à l’esprit que cette photographie doit revêtir du sens pour lui.

Le travail du psychologue clinicien est vaste et divers, la seule constante que nous nous devons de suivre est le bien être de la personne que nous avons face à nous, sa compréhension de la situation, et l’apport positif qu’elle peut en retirer.

Mise en place d’un groupe d’échange et de création

A l’origine la demande nous avait été faite de constituer un Groupe de Parole, auquel les résidents qui le désiraient pouvaient participer. Après deux tentatives infructueuses, nous nous sommes penchés sur ce qui pouvait poser problème aux résidents, pourquoi toutes ces résistances ?

Il nous est alors apparu, que le groupe tel qu’annoncé, pouvait être effrayant pour les participants potentiels, il impliquait une prise de parole devant ses congénères, une mise à nu de ces jeunes qui se sont toujours défendus de ressentir le moindre affect et ce d’autant plus en présence de tiers. Nous avons décidé de remodéliser ce groupe aussi bien dans son intitulé que dans sa structure même.

Il devenait ainsi primordial de donner à ces jeunes un support, support à penser dans un premier temps, et que nous espérions voir évoluer vers un médiateur à la communication entre participants. Nous avons donc monté un Groupe d’échange et de Création, proposant aux résidents qui le souhaitaient de créer une Bande dessinée. Cela leur permettait d’adapter le support de leur choix en fonction de leurs capacités personnelles (écriture du scénario, dessins, mise en page informatique). Une dizaine de résidents ont participé à ce groupe, certains plus réguliers dans leur venue que d’autres.

Les premiers ateliers se sont déroulés dans le silence le plus absolu. La communication, la parole sont apparues progressivement. Au départ, nous étions le réceptacle des mots de chacun, relation triangulaire incluant un participant, nous en tant qu’animatrice et un autre participant. Nous avions alors le rôle de redistribuer la parole de chacun à ses pairs, la communication directe n’était pas encore envisageable. Ce n’est que dans les dernières séances, lorsque la Bande dessinée prenait une forme plus achevée, que les participants ont commencé à parler entre eux durant les séances.

Un produit finit leur a été remis à chacun, résultat concret de leur implication dans le Groupe, ils avaient créé quelque chose, l’avaient contrôlé du début à la fin, évolution de leur confiance en eux, impression de maîtrise, l’utilisation de ce médiateur a permis de diminuer les angoisses propres aux mots et à leur signification dans les yeux de l’autre. Comme nous le signifions précédemment, être psychologue c’est également être capable de se décentrer, de sortir de ses idées, de les faire évoluer pour apporter une solution qui soit la plus adéquate vis à vis des besoins présents de la personne. Ne pas resté attaché à l’expression verbale a permis aux participants de trouver un autre moyen de communiquer entre eux, par le dessin et l’écriture, d’exprimer leurs angoisses, de s’apprivoiser en tant que membre d’un même groupe travaillant autour du même support.

Le Centre d’Hébergement comme accès à l’autonomie

Nous aimerions effectuer un parallèle entre ce vécu de stagiaire et notre présente étude. Le but du Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale est avant tout un accès à l’autonomie, psychique, financière. Mais lorsque le rapport à l’autre a toujours été chaotique, comment demander aux résidents de partir vers l’inconnu ? L’autonomie demande une exploration d’un monde que nous ne connaissons pas, et cette exploration va de pair avec certains points de repères sécuritaires, des piliers, points d’accroches, sur lesquels la personne peut prendre appui en cas de besoin. Le travail prépondérant de l’équipe au sein de cette institution demeure dans cet aspect sécuritaire, il s’agit de donner à l’autre l’opportunité d’explorer, de tomber et de lui offrir une béquille pour se relever.

Echantillon de l’étude

L’étude porte sur des hommes âgés de 18 à 30 ans, demeurant en Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale. Tous présentent un état de précarité sociale et ont entamé une démarche, condition sine qua non de leur admission au Centre, afin de se réhabiliter socialement parlant en trouvant travail stable et logement.

     Chaque sujet a signé un formulaire de consentement éclairé lors d’un entretien préliminaire à l’étude. Nos critères d’exclusion à cette étude portent sur la présence de troubles d’ordre psychiatrique chez nos sujets, ainsi qu’une origine culturelle non française, pouvant amener une mauvaise compréhension des questionnaires tels qu’élaborés.

Tableau 1 : Données sociodémographiques pour chaque sujet de l’étude

Sujets

Age

Situation professionnelle

Au Centre depuis…

Contact avec la famille

1

26

Ouvrier espaces verts en chantier d’insertion

5 mois

Peu

2

25

Plongeur en Interim, RSA

8 Mois

Non

3

21

Formation professionnalisante

9 mois

Oui

4

21

Recherche d’emploi

2 mois

Oui

5

25

En formation, RSA

9 mois

Oui

6

26

Sans emploi

2 ans

Non

7

20

RSA

1 an et demi

Peu

8

21

En formation professionnalisante

4 mois

Peu

9

21

Missions d’Interim

8 mois

Oui

10

24

En formation AFPA

3 mois

Oui

Procédure

            La passation des différents tests et entretiens inhérents à cette recherche s’est déroulée en trois temps. Chaque rencontre avec les 13 résidents ayant participé à notre étude était individuelle, construite sous la forme de passation de tests et d’entretiens semi-directifs. Elles se sont déroulées au Centre d’Hébergement et de Réinsertion sociale, lieu de vie de nos sujets.

            Un premier entretien a été effectué dans le but de vérifier les critères d’inclusion et d’exclusion des participants à l’étude. Nous avons également recueilli les données sociodémographiques nécessaires, et avons exposé aux sujets l’ensemble du contenu des deux entretiens à venir, afin d’obtenir leurs consentements éclairés. Le second entretien était basé sur le recueil des données nécessaires à l’étude. Les questionnaires ont toujours été encadrés par des entretiens semi-directifs afin de répondre aux questions éventuelles des participants ou d’ajouter des données paraissant importantes à la compréhension des résultats. La dernière entrevue nous a permis d’effectuer une restitution des résultats pour chacun des résidents.

            Par la suite, un questionnaire concernant les attachements précoces a été remis à chaque éducateur référent des usagers. Ces derniers devaient effectuer une hétéro évaluation concernant chacun des référés ayant au préalable participé à l’étude. 

Variables et instruments de mesure

Mesure de l’attachement

Deux questionnaires ont été utilisés. Le premier en auto-évaluation a été donné à chaque usager participant à l’étude.

Nous avons choisi d’utiliser le Questionnaire sur les expériences d’attachements amoureux (QEAA), traduit par Lafontaine et Lussier (2003). Ce test permettait non seulement d’obtenir une approche des questionnements sur le type d’attachement actuel des participants mais en plus  de les situer sur un continuum d’anxiété à l’abandon, et d’évitement des relations.

Le second questionnaire était une hétéro-évaluation remise aux éducateurs concernant leurs référés respectifs. Nous avons opté pour le Questionnaire de l’attachement chez l’adulte ou QAA (Bouthilier et Al., 1996). Le QEAA utilisé précédemment ne pouvait convenir à ce type d’évaluation, portant sur des items par trop précis pour que les éducateurs référents puissent y répondre. Choisir un test différent concernant l’attachement précoce mais sur des items plus généraux et aisément observables nous a paru être le plus cohérent. Là encore, ce test permet de repérer le type d’attachement perçu par les éducateurs ainsi que le placement sur les mêmes continuums cités précédemment, à savoir l’anxiété d’abandon et l’évitement des relations.


Mesure du processus identitaire

Nous avons utilisé une traduction française du Dimensions of Identity Development Scale (DIDS) élaboré par Luyck (2008) mesurant l’inscription dans un processus identitaire.

Une mise en exergue de différents types d’exploration de l’environnement permet de situer l’adolescent au sein d’un processus identitaire particulier.  L’exploration peut être profonde, large, ou inquiète. Un score concernant l’engagement dans un processus identitaire et d’identification face à ces engagements est également obetnu. Chaque type d’exploration et d’engagement correspond à une des cinq dimensions identitaires (confère tableau ci dessous) telles que décrites par Marcia (1966) et Luyckx (2008) 

 

Tableau 2 : Correspondance entre les statuts identitaires (Marica, 1966) en fonction des types d’engagement et d’exploration (Luyckx, 2008)

 

Dimensions

Réalisation identitaire

Forclusion identitaire

Identité en moratoire

Identité ruminative ou inquiète

Identité diffuse

Engagement

Haut

Haut

Faible à Modéré

Faible à Modéré

Faible

Identification aux engagements

Haut

Haut

Faible à Modéré

Faible à Modéré

Faible

Exploration large

Haut

Faible

Haut

Haut

Faible à Modéré

Exploration en profondeur

Haut

Faible

Modéré à Haut

Modéré à Haut

Faible à Modéré

Exploration inquiète

Faible

Faible

Faible à Modéré

Haut

Haut

 

 

 

Ce questionnaire a été remis aux résidents lors d’un entretien clinique, et rempli en auto-évaluation.

 

Mesure de la motivation

 

La motivation a été explorée grâce à deux questionnaires complémentaires, soumis aux résidents sous forme d’auto-évaluation. L’échelle de motivation globale (Guay et al., 2003) et l’échelle de motivation dans les loisirs (Pelletier et al., 1991) nous ont ainsi permis d’explorer non seulement les différentes dimensions, concernant l’autodétermination de ce concept, mais également de nous pencher sur la différence possible entre la motivation dans un contexte général, pouvant revêtir un certain aspect de contrainte extérieur, et la motivation vis à vis des loisirs, activités choisies avant tout à l’égard de ses propres désirs.

 

Les dimensions de la motivation telles qu’expliquées précédemment dans notre partie théorique y sont donc mesurées. Nous retrouvons ainsi la motivation intrinsèque liée à la connaissance, à l’accomplissement, et à la stimulation ; la motivation extrinsèque identifiée, introjectée, et de régulation externe ; et l’amotivation.

 

Analyse des données

 

Au vu du petit nombre de sujets (10) que nous avions pour cette étude, effectuer des analyses statistiques complètes ne nous paraissait pas pertinent. C’est pourquoi notre étude s’inscrit davantage dans une optique d’exploration et d’observation par un regard sur les Z-scores que nous avons dégagés de nos données.

 

Quatre groupes ont néanmoins été dégagés en fonction des différents styles d’attachement que nous obtenions. Les observations seront par conséquent effectuées grâce à un croisement de nos autres variables avec ces groupes précédemment cités. Bien que les résultats ne soient par conséquent pas généralisables, l’utilisation systématique de Z-scores nous a permis de visualiser les différences entre les groupes d’attachement constitués.

 

Hypothèses cliniques

 

Nous nous attendons à trouver une corrélation entre les différents types d’attachement et l’engagement dans les processus identitaires tels que définis par Marcia (1966). Ainsi plus l’attachement serait sécure plus l’engagement dans un processus identitaire et l’identification aux engagements seraient prononcés et l’exploration de type profonde.

 

A contrario, plus l’attachement serait insécure, moins l’engagement dans un processus identitaire et l’identification aux engagements seraient prononcés et l’exploration serait inquiète. 

 

De même, une corrélation devrait se dégager entre les différents types d’attachement et les types de motivations dans les loisirs et de manière globale. Ainsi plus l’attachement serait sécure plus la motivation sera autonome (haute autodétermination) ce de manière globale ou dans les loisirs.

 

A contrario, plus l’attachement serait insécure plus la motivation serait contrôlée (basse autodétermination) ce de manière globale ou dans les loisirs.

 

Enfin nous regarderons les correspondances possibles entre les types d’attachements tels qu’évalués par les résidents en auto-évaluation et ceux évalués par leur éducateur référent à leur profit.

 

Etude globale du matériel clinique

 

Présentation des résultats

 

Groupes liés aux différents types d’attachement

 

Tableau 3 : Répartition des sujets en fonction des différents types d’attachement

 

Groupe 1 : Attachement Sécure

Groupe 2 : Attachement Insécure Craintif

Groupe 3 : Attachement Insécure Préoccupé

Groupe 4 : Attachement Insécure Détaché

Sujet 4

Sujet 1

Sujet 3

Sujet 6

Sujet 8

Sujet 2

Sujet 5

Sujet 7

 

Sujet 10

Sujet 9

 

Σ = 2

Σ = 3

Σ = 3

Σ = 2


Type d’attachement Evitement et Anxiété d’Abandon

 

Enfin le Groupe 4, insécure ou détaché, tendrait à éviter les relations affectives bien que présentant les scores les moins élevés concernant l’anxiété face à l’abandon.

 

Type d’attachement et processus identitaire

 

 

Figure 2 : Z-scores des types d’engagement identitaire et d’exploration de l’environnement en fonction des types d’attachement.

Si nous analysons maintenant le croisement entre nos données relatives aux types d’attachement affectif et le choix d’un processus identitaire et d’un mode d’exploration de l’environnement, nous remarquons que le Groupe sécure ne s’identifie pas aux engagements qu’il a pu adopter, l’engagement demeure faible et l’exploration large, ce qui signifie que les sujets vascillent entre plusieurs choix identitaires possibles. Cela renvoie à l’identité en moratoire telle que définit par Marcia (1966) c'est à dire une phase d’exploration, de questionnement sur les valeurs sans réelle prise de position, sans engagement.

Le Groupe Craintif a tendance à s’identifier de manière relativement forte aux engagements qu’il a pu prendre, cependant l’engagement en lui même n’est pas assuré. L’exploration, de nature inquiète et plus profonde que large, tendrait à nous montrer que les sujets de ce groupe ont adopté certaines valeurs mais qu’ils ne vont pas plus avant dans leur collecte d’informations étant particulièrement insécures vis à vis de l’environnement. Face à tous ces éléments, ce Groupe tendrait à se rapprocher de l’identité ruminative ou inquiète telle que décrite par Luyckx (2008).

Le Groupe Préoccupé se caractérise par un engagement prononcé dans ses valeurs, bien que l’identification personnelle y soit modérée. L’exploration de nature profonde nous indique que le choix identitaire est bien établi, rapprochant ce Groupe de la catégorie Réalisation identitaire de Marcia (1966), à savoir qu’une crise a été traversée mais que des valeurs personnelles, indépendantes de celles du système familial en ont été dégagées.

Le Groupe Insécure/Détaché se rapproche de l’identité diffuse (Marcia, 1966). Les sujets de ce groupe n’ont pas traversé de crise identitaire, n’ont pas pris d’engagement. L’exploration s’effectue peu ou pas du tout. Les sujets de ce groupe seraient enclins à une certaine immaturité de fonctionnement.


Type d’attachement Motivation Globale

 

Figure 3 : Z-scores dans les différentes motivations globales en fonction des types d’attachement.

 

Les Groupes Sécure et Craintif présentent les scores d’amotivation les plus élevés d’un point de vue global. Cela tendrait à signifier que le lien entre le comportement adopté et sa conséquence directe n’est pas établi.

De manière plus détaillée, le Groupe sécure demeure dans des types de motivations faiblement autodéterminées puisqu’extrinsèques. Il s’agirait donc de ce que Deci et Ryan (2008) nomment motivation contrôlée. Il nous semble, en outre important de relever un score modéré concernant la motivation intrinsèque liée à la stimulation, nous reviendrons sur ce point spécifique lors de notre interprétation.

Le Groupe Craintif est de manière globale peu motivé. La seule dimension présentant un score modéré concerne la motivation extrinsèque liée à la régulation externe.

Le Groupe Préoccupé présente de hauts scores dans les motivations de type intrinsèque. Ce qui ferait de lui le Groupe ayant acquis le niveau le plus élevé d’autodétermination. La motivation est alors dite autonome (Deci et Ryan, 2008).

Enfin le Groupe Insécure/Détaché présente des scores de motivation très faibles quelque soit son type. Cependant le score d’amotivation reste faible également. La motivation extrinsèque est identifiée, ce qui place ces sujets dans un mouvement d’autodétermination autonome.

Type d’attachement et motivation dans les loisirs

 

Figure 4 : Z-scores dans les différentes motivations liées aux loisirs en fonction des types d’attachement.

 

Concernant la motivation dans les loisirs, le Groupe Sécure passe par un renversement de ses tendances précédentes. En effet, la motivation devient autonome et s’attache de manière quasi exclusive à des motivations de type intrinsèque, celle liée à l’accomplissement étant la plus élevée. L’amotivation demeure néanmoins toujours relativement présente.

Le Groupe Craintif, quant à lui voit son score d’amotivation s’élever de manière importante. Les autres scores sont très faibles. Comme concernant la motivation globale, la motivation dans les loisirs, si tant est qu’elle existe, prend plutôt la forme d’une motivation extrinsèque liée à la régulation externe.

Le Groupe Préoccupé ne présente pas d’amotivation. Contrairement aux scores concernant la motivation globale la motivation dans les loisirs serait de nature extrinsèque introjectée. Les scores de motivation intrinsèque restent néanmoins relativement élevés.

Comme précédemment concernant la motivation globale, le Groupe Insécure/Détaché ne présente pas d’amotivation, tous les scores concernant les différentes typologies motivationnelles sont faibles. Néanmoins, les scores les plus élevés se situent dans les motivations extrinsèques introjectée et liée à la régulation externe.


Type d’attachement et attachement perçu par les éducateurs référents

Figure 5 : Z-scores des types d’attachement perçus par les éducateurs référents en fonction des types d’attachement relevés par les résidents.

 

La perception des  éducateurs rejoint celle des usagers concernant les Groupes Sécure, Evitant (détaché) et ambivalent (préoccupé). Cependant le Groupe Craintif, normalement ambivalent, est perçu comme étant le Groupe le plus sécure des quatre.

Interprétation des résultats

Le but premier de cette étude était d’observer les interrelations éventuelles entre nos variables d’attachement, l’engagement dans un processus identitaire et l’installation ou non dans un type de motivation plus ou moins autodéterminé.

Nos postulats étaient qu’à un attachement sécure correspondrait un niveau d’engagement dans un processus identitaire plus élevé, et des niveaux d’autodétermination au niveau de la motivation plus élevés (motivation dite autonome).

A contrario nous nous attendions à trouver une relation entre les niveaux d’attachement les plus insécures et un processus identitaire non achevé ainsi qu’avec les plusfaiblesniveaux d’autodétermination vis à vis de la motivation (motivation dote contrôlée), et probablement une présence relativement élevée d’amotivation.

Il semble important de rappeler qu’au vu du nombre restreint de participants à l’étude, toute analyse statistique plus poussée, qui nous aurait permis d’obtenir des seuils de significativité, était exclue. Nos résultats et nos observations se basant uniquement sur une observation des Z-scores obtenus, nous ne parlerons donc pas de validation ou non de nos hypothèses de départ, mais de constat de visu.

Type d’attachement affectif anxiété face à l’abandon et évitement des relations affectives.

Les Groupes d’attachement, comme nous l’avons vu précédemment, sont élaborés à partir du niveau d’anxiété face à l’abandon et de l’évitement des relations affectives. Il est donc normal et conforme à ce que nous avons vu dans la théorie que nous trouvions des résultats cohérents entre les différents types d’attachement et les variables citées précédemment. Cependant si nous croisons nos différents résultats, l’étude de l’anxiété face à l’abandon et de l’évitement des relations est intéressante à observer et c’est pourquoi nous avons décidé de nous attarder sur ces résultats.

Le Groupe Sécure

Bien que présentant peu d’anxiété face à l’abandon et n’hésitant pas à s’engager dans les relations affectives, le Groupe Sécure ne semble pas adopter un positionnement identitaire stable. Selon les données fournies par le DIDS, l’identité moratoire peut nous laisser penser que ces sujets tendent à suivre l’autre, ses engagements, ses valeurs, sans appropriation personnelle. L’attachement sécure, tel que nous l’avons vu, prédispose pourtant l’enfant à une exploration poussée de son environnement, ce d’autant plus qu’une figure sécuritaire se tient à proximité. Nous nous attendions donc à une réelle exploration, plus en profondeur et à une prise d’engagement dans un processus identitaire plus marquée que celles observées.

L’étude des données relatives aux différentes motivations nous éclaire quelque peu quant à ces résultats. En effet les scores les plus élevés concernent la motivation extrinsèque introjectée, les choses ne sont réalisées que face à un sentiment d’obligation, de culpabilité. L’amotivation moindre mais présente, tendrait à nous montrer que ce Groupe s’appuie sur l’autre qui devient moteur. La question que nous pouvons alors nous poser est la présence ou non de désir ? Si l’Autre devient moteur l’exécution des comportements cela ne va pas dans le sens d’une satisfaction intrinsèque mais plus dans l’évitement d’un déplaisir.

La motivation dans les loisirs montre une inversion du processus. Les niveaux intrinsèques sont plus investis, il s’agirait donc ici d’une motivation à l’accomplissement et à la stimulation. Nous croisons ces données avec l’exploration large relevée dans le DIDS. La motivation liée à l’accomplissement ne serait-elle pas une tentative de se positionner d’un point de vue identitaire ?

Le Groupe sécure paraît être dans une relative indifférenciation moïque (Bowen, 1984) vis à vis des figures sécuritaires qui l’entoure, ce qui renverrait à un système familial relativement enchevêtré. Le besoin d’avoir une identité personnelle ne se révèle qu’au travers des loisirs, et ce de manière diffuse puisque, comme nous l’avons souligné, nous retrouvons un score modéré d’amotivation. De même, la motivation semble avoir un rôle, qu’elle soit globale ou de loisirs, dans un besoin de stimulation de ces sujets.

La vision des éducateurs est en adéquation avec la représentation de l’attachement des sujets de ce Groupe. Cependant, comme nous l’avons vu, l’engagement identitaire n’est pas clairement défini, ce qui est à mettre en corrélation avec une motivation de type contrôlée. Le travail avec les sujets de ce Groupe pourrait s’effectuer en ce sens, à savoir une aide à l’exploration et à la prise de position. Cela impliquerait une distanciation de la part des éducateurs référents, afin que ces sujets parviennent à acquérir une autonomie de pensée et de fonctionnement qui semble leur faire défaut.

Le Groupe Craintif

Dans les théories de l’attachement (Main et Kaplan, 1985), l’attachement désorganisé ou craintif renvoie à une appréhension à l’égard de la figure sécuritaire, qui n’est pas, par conséquent, utilisée comme telle. Cette théorie rejoint nos résultats puisque les sujets de ce Groupe se montrent anxieux face à l’abandon mais surtout sont ceux qui évitent le plus les relations affectives. L’exploration inquiète tend à nous montrer une conservation des modèles internes opérants. Bien que s’identifiant à certaines valeurs, le processus identitaire n’est pas clairement établi. Nous pouvons postuler que les sujets de ce Groupe relèvent probablement d’un système familial en crise ne permettant pas ou peu la prise de position identitaire.

Par ailleurs, d’un point de vue de la motivation globale, elle a avant tout un rôle de régulation externe. La tension psychique, importante de par l’inquiétude manifeste et le sentiment d’insécurité, ne doit parvenir à s’écouler, se canaliser qu’au travers des comportements, des activités.

Concernant la motivation au sein des loisirs, la même constatation concernant la régulation externe s’effectue, cependant de manière moindre. Le niveau d’amotivation est par contre plus important. Les résultats peuvent se comprendre dans le sens où l’exploration, dans la mesure où elle existe, demeure inquiète, toute activité non obligatoire doit par conséquent être peu investie de par l’anxiété qu’elle serait à même de générer.

Ce Groupe est perçu par les éducateurs comme étant sécure, ce qui nous semble paradoxal avec les résultats obtenus en terme d’anxiété et d’évitement dans les relations. Il nous est apparu cependant, que l’appréhension ressentie à l’égard des autres pouvait prendre l’apparence d’un conformisme à l’égard de ce qui est proposé par les éducateurs. Il s’agit alors de porter une attention toute particulière à ce groupe, susceptible de montrer non pas les affects qu’ils ressentent mais ce qu’ils perçoivent de l’attente de l’autre. Un environnement contenant, cadrant, remettant en place des bases sécuritaires, semble être le plus indiqué pour les sujets de ce Groupe.

Groupe Préoccupé

Ce Groupe, ambivalent face à ses relations, ne les évite pas, mais ressent tout de même de l’anxiété. Cependant, bien que ne pouvant pas être qualifié de sécure il est pourtant composé de sujets ayant le plus réussi à s’engager dans un processus identitaire et étant le plus en adéquation avec les valeurs adoptées. Ces dernières sont indépendantes de celles du système familial de base. Ce résultat ne va pas dans le sens de nos hypothèses, puisque nous nous attendions à le retrouver chez le Groupe sécure.

De même les hauts niveaux d’autodétermination au niveau de la motivation globale sont obtenus par ce Groupe. Nous pouvons postuler un lien entre engagement identitaire et l’autodétermination autonome dans la motivation. Ainsi lorsque les valeurs et engagements personnels sont clairement définis, il y aurait une tendance à adopter une source motivationnelle en lien avec des considérations intrinsèques.

Un type d’attachement préoccupé, ou ambivalent, n’appelle pas, dans les théories de l’attachement, une bonne exploration de l’environnement, car les figures sécuritaires sont tour à tour aimées de manière fusionnelle puis rejetées. Il n’en demeure pas moins que le type identitaire choisi peut s’expliquer par ce phénomène d’ambivalence. Le rejet des valeurs du système familial a pu conduire ces sujets à chercher d’autres possibilités d’engagement dans un système de valeurs personnelles. La base sécuritaire, bien que non satisfaisante mais présente néanmoins, leur permettant d’accéder à cette exploration et cette prise de position.

Cependant, et contrairement au Groupe sécure cette fois, le Groupe préoccupé semble privilégier les motivations extrinsèques introjectées concernant les loisirs. La relation à l’autre peut transparaître dans ces données, ce qui doit être fait cohabitant avec ce qui est désiré. Les sujets sont vus par les éducateurs comme étant ambivalents, ce qui correspond avec la représentation donnée par le Groupe. Une grande stabilité et cohérence dans les relations référents/référés semblent être indiquée, afin que l’éducateur puisse être investi comme base sécuritaire fixe et non temporaire et changeante.

Groupe Insécure/Détaché

Le Groupe Insécure/Détaché est dans l’évitement des relations affectives. Il ne présente pas non plus d’engagement identitaire ou d’exploration allant vers une quelconque prise de position face à un engagement. Contrairement à ce qui était attendu, ils ne semblent pas présenter d’anxiété ou une insécurité massive vis à vis de leur environnement, les sujets de ce Groupe restent juste à l’écart de l’Autre, n’en attendent rien et demeurent dans une sorte d’immobilisme tant psychique que physique.

L’amotivation n’est pas présente, et la motivation extrinsèque est identifiée, ce qui la place dans un niveau autonome et non contrôlée. Le moteur vient de l’extérieur, de l’autre, mais est assimilé comme étant sien. Concernant la motivation dans les loisirs, les motivations extrinsèques introjectées et de régulation externe renforcent cette idée du rôle de l’autre comme moteur motivationnel. L’immobilisme dont nous parlions précédemment semble annihilé par les contraintes sociales et environnementales, qui sont peu à peu introjectées et assimilées. Cela est à corréler avec la non identification face aux valeurs qui ont été adoptées, et peut révéler une certaine immaturité de fonctionnement.

Les éducateurs voient ce Groupe comme étant insécure, évitant ce qui correspond aux représentations personnelles des sujets. Ici, la relation à l’autre semble à réapprendre, l’autre comme quelqu'un sur qui il est possible de prendre appui. L’éducateur référent devrait donc prendre un rôle très maternant et permettre la naissance d’une exploration de l’environnement qui jusqu’ici, nous l’avons vu, est inexistante.

Etude de cas

Nous avons choisi de présenter le cas de Guillaume (pour des raisons de confidentialité tous les noms ont été changés), qui nous paraissait être une bonne illustration tant des résultats trouvés au cours de cette étude que des apports théoriques dont nous nous sommes servis dans l’élaboration de nos hypothèses.

Anamnèse

Guillaume est un jeune homme de 25 ans, arrivé au Centre d’Hébergement et de Réinsertion sociale depuis 8 mois après de nombreux séjours dans la rue et dans des foyers d’urgence dans le Nord de la France. Il est âgé de 13 ans la première fois où il dort dans la rue, fortement alcoolisé et ayant manqué le couvre-feu imposé par ses parents. Tous les accès de la maison ayant été verrouillés par ces derniers, il s’endort dans un fossé « je me suis senti comme six pieds sous terre et tellement seul ». Son addiction à l’alcool et au cannabis a commencé un an auparavant, lorsqu’il apprend que si son père est parti en prison, quelques années plutôt, c’est pour inceste sur sa sœur aînée.

Il décrit une mère très peu présente, à qui il voue un sentiment de haine prononcé « une connasse puritaine ». Paradoxalement, nous retrouvons dans sa manière d’aborder ses sentiments et rapports avec sa mère une relatio  d’objet anaclitique, « elle ne m’a jamais pris dans ses bras, on a pas le droit de faire ça a un enfant, je serais prêt à lui pardonner, à lui reparler si elle admettait ce qui c’est passé ». Ce qui s’est passé, ce sont toutes ces années avec ce beau-père maltraitant. Fermier, il obligeait Guillaume à travailler dans l’exploitation, de jour comme de nuit « une fois il m’a même fait éviscérer une vache, je devais leur couper les cornes, ça beuglait… ». Sa mère part en foyer mono parental, Guillaume et ses frères sont placés à la demande du jeune homme, après des viols répétés du beau-père à l’encontre de la mère.

Guillaume voit peu son père, sorti de prison. Il se dit déçu de ce qu’il a pu faire à sa sœur, mais exprime un besoin de reconnaissance et d’amour paternel. Là encore, vacillant entre bon et mauvais objet (Klein, 1968, 1972) l’imago paternel est vécu sur un mode anaclitique. Guillaume va construire la plupart de ses relations aux autres sur ce mode. Il rencontre Mathieu, un homme de 10 ans son aîné, lui aussi hébergé dans un foyer d’urgence, et avec qui il aura une relation affective et sexuelle de plusieurs mois. Il décide de partir à Bordeaux suite à une troisième tentative de suicide. C’est à cette période qu’il fera la rencontre d’Audrey. La jeune fille est vécue comme une béquille, un support à un sentiment de vide et de solitude intolérable. Guillaume cesse de boire, entame le suivi psychologique « elle pourrait m’aimer ». Bien qu’Audrey rejette régulièrement ses avances, Guillaume garde toujours l’espoir qu’elle puisse changer d’avis. Il passe donc par des phases de rechute au niveau de son addiction, de colère intense à l’égard de lui-même et des autres, et d’affects dépressifs. Ayant pris la décision de ne plus boire et de tout faire pour ne pas « redevenir comme avant », Guillaume a tendance à se scarifier ou à compenser sur la nourriture « pour retrouver cet état nauséeux », se remplir. Il écrit et dessine beaucoup, investissant toutes les semaines le groupe de création proposé au Centre.

La demande de l’équipe

D’un point de vue institutionnel, l’addiction alcoolique de Guillaume posait un problème d’ordre éthique. En effet, toute introduction ou consommation de substance au sein du Foyer était strictement interdite et menaçait Guillaume d’être exclu de manière immédiate. De même les démarches, qu’elles soient pour un logement, ou la recherche d’un emploi, se soldaient de manière systématique par des échecs. Guillaume semblait osciller entre la volonté d’avoir une vie normale et la crainte d’une autonomie. La détresse psychologique et physique de ce jeune homme nous faisant craindre pour sa santé, et une éventuelle tentative de suicide, Guillaume a donc été gardé au Foyer sous réserve qu’il suive un soutien psychologique hebdomadaire.

Croisement anamnèstique et données de l’étude

Guillaume fait partie du Groupe dit Craintif. Si nous étudions son anamnèse nous nous apercevons que quel que soit le membre du système familial concerné, le sentiment de crainte était l’un des piliers dominants. L’angoisse permanente au regard de ces figures qui ne revêtaient certainement pas ou peu un aspect rassurant, a pu empêcher Guillaume d’explorer son environnement de manière sereine. Aujourd’hui, et comme en témoigne le questionnaire sur l’attachement affectif, et sa biographie, ses relations avec autrui sont empreintes de méfiance, Guillaume évite de manière massive les relations, l’angoisse d’abandon est très présente. Cependant, au vu de son anamnèse et de la relation thérapeutique, l’impression d’un véritable manquement affectif et sécuritaire est prépondérante.

Concernant le DIDS, l’exploration, quand il y en a une, ne se fait que de manière inquiète, ce qui va dans le sens d’un sentiment d’insécurité prégnant. L’engagement dans un processus identitaire n’est pas clairement établi, cependant Guillaume a tendance à s’identifier aux quelques valeurs qu’il a adoptées. Nous ferons ici le parallèle avec la théorie des systèmes et de la construction identitaire telle que définie par Byng Hall (1995) et que nous avons exposée précédemment. La construction identitaire personnelle n’est alors réalisable que lorsque le système, suffisamment flexible, permet à l’individu de s’en détacher afin d’explorer son environnement de manière détachée des autres membres de la famille. Le parallèle devient alors aisé à établir entre théorie de l’attachement et engagement dans un processus identitaire (Delage, 2007). Comment être dans la capacité d’explorer de manière sereine son environnement quand les différentes figures d’attachement sont vécues sur le mode craintif ?

Là encore, nous effectuerons un pont entre cette interrogation et la naissance possible de désir, en tant que moteur motivationnel. En effet, si nous reprenons les théories psychanalytiques vues précédemment, le désir naît de la séparation à l’autre mais si larelationà cet autre ne s’est jamais établie sur des bases rassurantes, quelle sera la nature de la motivation ? Y en aura-t-il seulement une ?

Au vu des données recueillies, dans le domaine global ou dans celui des loisirs, Guillaume présente de forts scores d’amotivation. La dimension liée à la régulation externe est la seule investie. Un bilan psychologique proposé à Guillaume a révélé une tendance à se situer dans un fonctionnement de type borderline. Les affects de colère étaient prépondérants, et leur régulation s’effectuait grâce à l’alcoolisation massive qui posait problème au sein du Foyer. Lors des suivis thérapeutiques que nous avons eus l’occasion d’effectuer avec Guillaume, il nous est apparu une véritable difficulté quand à la gestion de cette colère. L’investissement dans le Groupe d’échange et de création a été une véritable surprise, dans le sens où Guillaume n’avait jusqu’alors jamais rien investi. Au vu des résultats révélés dans cette étude, il nous apparaît aujourd’hui, comme une hypothèse à prendre en considération, que la présence d’un médiateur, ce qui n’était pas proposé dans les autres activités possibles au Foyer, a pu permettre à Guillaume de projeter, de canaliser ses comportements, ses affects par le biais de quelque chose de rassurant pour lui : l’écriture et le dessin. L’exploration dans ce Groupe était minime pour lui puisque ce média lui été déjà connu.

Quelles implications et pistes thérapeutiques ?

Au vu de ces nouvelles données, la compréhension du “cas” de Guillaume peut s’effectuer sous un nouveau jour. L’éducateur référent de Guillaume le perçoit comme étant insécure. Afin d’effectuer une meilleure prise en charge globale de ce patient, il est important à notre sens d’apporter à cette vision une nuance. Guillaume peut paraître insécure dans sa relation à l’autre, cependant il est insécure craintif, il ne parvient probablement pas à faire confiance et préfère éviter toute relation avant d’en souffrir, soit de par un abandon de la personne à son encontre, soit de par un événement négatif effectué contre lui.

Le travail avec Guillaume se baserait donc davantage sur l’obtention d’une alliance, la création d’une confiance en un autre, qui pourrait devenir avec le temps une figure sécuritaire pour lui et lui permettrait alors, nous en faisons l’hypothèse, d’explorer son environnement, d’investir sa vie avec un peu moins de craintes et d’anxiété.

De cette hypothèse en découle une seconde, si l’anxiété face à l’environnement et à autrui s’estompe, le type de motivation pourrait évoluer vers des catégories plus autodéterminées, puisque quittant leur but premier de régulation externe du comportement. L’investissement, que ce soit au niveau professionnel, affectif, ou dans la recherche d’un logement serait alors plus enclin a être stable si investi de manière intrinsèque.

Discussion, et synthèse

Au cours de cette recherche, nous avons été confrontés à plusieurs problèmes d’ordre méthodologique notamment concernant les questionnaires utilisés.

Pour le DIDS, questionnaire élaboré normalement par Luyckx et al. (2008), nous avons utilisé, comme nous le signifiions précédemment, une traduction française en cours de validation. Il s’est avéré que la cohérence entre les différents items et les catégories identitaires dans lesquels ils se trouvaient, ne s’est pas révélée être totalement satisfaisante. Des biais ont pu ainsi modifier nos résultats quant à cette recherche.

De même concernant le test lié à l’attachement affectif, il nous paraissait judicieux de l’employer afin d’obtenir une représentation actuelle des type d’attachement de nos sujets. Cependant, la répartition trouvée concernant notamment notre groupe sécure nous a amenés à nous pencher avec plus de précision sur les éventuels biais que nous avions pu induire. Il nous est alors apparu, que le système de cotation de ce test ne nous paraissait pas clair. L’article d’élaboration de l’article de validation de ce questionnaire étant resté introuvable, il serait préférable lors d’une prochaine étude d’explorer plus avant ce point.

Concernant nos résultats à proprement parler, le peu de sujets que nous avions ne nous a pas permis d’effectuer des analyses statistiques plus poussées, les Z.-scores obtenus ne sont pour la plupart pas significatifs. Il n’en demeure pas moins que cette étude avait des visées avant tout d’exploration des relations entre nos différentes variables. Ces observations nous montrent qu’en fonction des types d’attachement précoce, l’engagement au sein d’un processus identitaire et l’exploration de l’environnement sont différents. De même il y aurait un lien concernant le type de motivation dans lequel les sujets vont se trouver.

Ainsi les niveaux les plus autodéterminés de motivation seraient à croiser de manière plus rigoureuse (plus de sujet et analyses statistiques) avec l’exploration en profondeur, annonciatrice d’un engagement stable dans un processus identitaire. L’attachement insécure, quant à lui, tendrait à montrer des niveaux de motivation moins autodéterminés, ainsi qu’une exploration globalement inquiète de l’environnement, et une prise de position identitaire vacillante.

Synthèse clinique et Conclusion

Cette étude s’est basée sur l’entente d’une demande implicite au sein de notre stage. Au delà des activités très peu investies dans le Foyer, l’inquiétude était également, et peut être avant toute chose, de savoir comment des jeunes qui ne parvenaient pas à se motiver pour des activités de loisirs, le pourraient concernant une recherche de travail, de logement et construire ainsi une réinsertion, une vie plus autonome.

Comme signifié dans notre discussion, cette recherche est avant tout exploratoire, il s’agissait de regarder les liens possibles entre type d’attachement, engagement identitaire et motivation. Bien que des liens aient été dégagés, nous ne parlerons pas ici de corrélation ou de significativité mais des études prochaines pourraient nous éclairer sur ce point.

Une recherche psychologique permet avant tout une exploration et de possibles explications des comportements humains, il n’en demeure pas moins que les implications possibles, l’amélioration des prises en charge par un nouveau regard reste un objectif majeur dans l’élaboration d’une étude. Le point de vue des éducateurs référents concernant les attachements de leurs référés nous a permis de croiser les données obtenues et pourrait apporter des pistes de travail, de compréhension, à l’ensemble de l’équipe pluridisciplinaire du foyer. La réinsertion est en effet primordiale, mais il s’agit également de garder à l’esprit que les résidents du Foyer sont pour la plupart en pleine déroute psychique. Sans apprentissage de la relation à l’autre, avec ce regard craintif, cette exploration insécure pour certains d’être eux, quelle autonomie peut être envisageable ? La réinsertion ne passe-t-elle pas avant tout par une reconstruction ?

Deux études complémentaires pourraient être envisagées à ce travail préliminaire. Tout d’abord il s’agirait d’explorer ces mêmes données mais avec une population beaucoup plus importante et variée, ce qui nous permettrait de dégager des significativités. Enfin, si les résultats obtenus vont dans le sens des hypothèses cliniques exposées précédemment, une étude longitudinale pourrait se pencher sur les apports de la construction / reconstruction de la relation à l’autre en tant que figure sécuritaire permettant l’autonomisation.


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